
Elle est là l'histoire. [...] Elle est étrangère à toute cette matière qui sort d'elle. Elle ne sait plus qui elle est. Elle est malade. Et quoi ? Vous en connaissez vous, des gens qui ne sont pas malades ? La maladie, c'est toute notre vie, et c'est tellement banal.
L'insatisfaction, c'est toute notre vie, et c'est tellement normal puisqu'il faut bien désirer quelque chose pour aller à la vie tous les matins du monde. Et ceux qui n'attendent plus rien sont des dépressifs, des malades, encore des malades.
Tous des tordus, tous en vie, tous à rire, à pleure, à bouffer, à baiser, à croire que leur vie n'est finalment pas la leur.
[...]
Et la joie de faire croire qu'on est en bonne santé.
Alors que pas du tout.
[Camille de Peretti, Thornytorinx]
N'allez pas croire que vous me connaissez. Mais surtout n'allez pas croire que je ne veux pas me révèler. Finalement, ceux qui me connaissent le mieux sont ceux qui ne me connaissent que par ce blog. Parce qu'au moins il me voient avec suffisement d'imprécision pour m'imaginer mieux que je ne me connais moi-même.
Voilà.
Tout recommence, c'est certain et définitif.
Pourtant, j'avais l'intention de profiter, la ferme intention de baiser si je le voulais, bosser pour obtenir une mention bien au bac, et devenir bien meilleure en percussions.
Apprendre le judo aussi.
Enfin je comptait profiter à fond de ma dernière année.
Une année de débauche s'il le faut, mais il me fallait vivre à fond.
Seulement la réalité sera toute autre. Au lieu de bonheur ne viennent que crises d'angoisses, cauchemars plus violents les uns que les autres, envie de se couper, de vomir, de ne plus manger, vertiges et visions.
Le jackpot. Tout ce à quoi j'avais droit avant mais en même temps et en pire.
Et merde. Moi qui voulait finir "clean". Un esprit sain dans un corps sain.
Finalment il n'y aura pas que la seringue dans le bras. Il y aura les plaies, les kilos en moins peut-être ou les anti dépresseurs. Parce si on m'en propose à nouveau cette fois je les accepte.
Je suis désolée. Mon cadavre sera moche, tant pis.
J'aurai bien droit à un peu d'égoïsme, après dix-huit ans à l'écoute des autres.
Dix huit ans à stocker tous vos problèmes sans vous parler des miens.
Pour une fois, ce sera à votre tour de subir. A chacun son tour.
C'était beau cet après midi.
Les percussions sont les plus beaux instruments du monde. Une musique envoûtante, parfois douce, parfois violente. Un univers différent.
C'était moche hier.
Trois heures et demie du matin, toujours pas de sommeil. Envie de vomir. Et ça faisait mal. Tête qui tourne. Sursaut quand enfin le sommeil me faisait sombrer.
Halucinations, terreurs.
Tête fracassée contre le mur.
Envie de reprendre les ciseaux.
Envie de vomir, même si ça provoque des crises d'angoisse.
Envie de cette violence qui déchire les bras, qui retourne l'estomac.
Qui enserre la tête dans un étau.
Qui serre, qui serre.
Et ça explose.
Et même les larmes ne coulent plus.
L'an prochain.
Courage, plus qu'un an.
Angoisse : et si je ne trouve pas de came ?
J'ai appris de nouveaux morceaux. C'était beau. J'ai joué du piano, j'ai fait résoner mon vibraphone, et fait swinguer ma batterie. Mon esprit dansait. Une pluie d'étincelles sur les cimbales, un coussin dans la grosse caisse, des toms qui résonnent, des notes sur le bout des doigts, des étoiles qui naissent sur le bout de mes baguettes pour s'éteindre dans la résonnance des lames en métal.
J'ai bien choisi mon instrument. Pas des touches, des lames. Les touches c'est pour le piano, pas pour les claviers de perc'.
Et je frappais, de plus en plus fort.
De plus en plus vite.
A l'inverse des battements de coeur. De plus en plus lourds, de plus en plus faibles.
Une boule dans la gorge qui grossit, grossit.
Plus jamais seule, plus jamais.
Jure le moi.
Une nouvelle année, une nouvelle espérance. Mais quelle conne !
Qu'est ce qu'il te reste sinon tes déceptions, des noeuds dans l'estomac, un bouchon dans les poumons, des yeux étanches, et du sang plus qu'il ne t'en faut ?
Je vais mourir.
Pas aujourd'hui.
*Survivre jusqu'à l'an prochain*
Je vais mourir.
Surtout pas maintenant. Pas sans le bac.
Je n'y arriverai pas.
Il le faut. Leur prouver que tu n'es pas la petite idiote qu'ils croient tous.
Je n'en peut plus. Tant pis pour le bac.
Sois forte. Il te reste des gens à écouter.
Je suis épuisée.
Allez, remue toi !
Non. Il n'y a personne. Je suis seule. Je suis trop vieille pour ça.
Chaque jour je suis plus faible, plus fatiguée. Par moments, je ne vois presque plus.
L'autre jour, j'ai perdu momentanément la vision de mon oeil gauche.
Je perds aussi la mémoire.
Je respire de plus en plus mal.
Je n'arrive parfois pas à tenir un objet dans ma main.
L'apparence d'une fille de dix sept ans, mais l'apparence seulement.
Pour le reste...
Alors ça vaut mieux. Un bon shoot, tellement bon que ce sera le seul.
Le dernier.
Patience.
Et après viendra le soulagement. La fin.
Enfin.