L'emploi du temps il change tous les jours, et puis, on est cinq en licence lettres classiques première année, soit une augmentation considérable des effectifs.
On est bien à Besançon, les grandes librairies, le théâtre et le foyer. Je suis heureuse et j'oublie petit à petit le passé. Bien sûr il y a toujours les douleurs d'avant qui reviennent, quand je vois les bras de certaine [nan pas de s] ou quand je pense... mais non je pense pas, on oublie et puis voilà. Je fais la mamie sur le banc, hier jusqu'à une heure du mat' avec La copine de DMA parce qu'elle aussi elle du temps et que finalement on se ressemble pas mal même si j'ai une gueule un peu moins grande.
J'ai même pas pleuré une seule fois ça fait drôle. Je pleure plus maintenant c'est fini, je suis grande, je suis adulte, j'ai le statut d'étudiante. Le bac c'est qu'un lointain souvenir, un truc insignifiant et en être débarrassée me permet enfin d'avancer.
Une semaine. Une semaine et voilà que j'ai exploré un foyer, une fac, une ville que je n'avais jamais parcourue. Une semaine et j'ai rencontré vraiment huit personnes de plus, des gens qui valent le détour. Six jour en fait, et j'ai déjà déménagé, changé d'école, de vie. Rencotré une écrivain, parce non je ne me découragerai pas, elle m'a souhaité bonne chance, elle a parlé avec moi et maintenant je sais que le succès tombe pas tout cuit dans un bec qui n'est pas assez solide pour repartir à l'attaque après des tas de refus.
Un peu comme si la vie n'avait jamais existé avant.
Le doyen nous l'a bien dit Vous vivez les plus belles années de votre vie alors travaillez, travaillez pour pouvoir continuer vos études, continuer à sortir le soir, à vous cultiver, vous amuser.
Ils me manquent tous, mais il faut bien vivre un jour. Mais je veux les revoir. Ca c'est dur.
La fac c'est la jungle. Les emplois du temps ils changent tous les jours, les profs bougent leurs créneaux sans se soucier de personne, tout est écrit si petit et trop haut, je peux pas lire. C'est ça la sélection, soit on s'accroche, soit on est largué.
En une semaine on devient des vrais adultes, on se démerde de tout tous seuls, la transition est brutale, au moins elle est franche. Bah j'y arriverai, j'ai pas supporté toutes ces années pour abandonner, pas maintenant.
Oué, y'a trop de monde, ok, j'aime pas les gens, ça me dégoûte mais tant pis. Et puis les lettre classiques je les aime bien. ils sont gentils et et eux de toutes façons c'est pas la foule. Et y'a quand même les anciens du lycée qui restent, seulement ils deviennent les nouveaux de la fac, et c'est beaucoup mieux comme ça.
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L’oeuf qui va chez le coiffeur, K. qui fait Dark Vador avec la chaise, les pros des pâtes, le bonhomme en sauce tomate qui vient de se prendre un pain, la girafe pour bébé qui est dure à broder, A-L qui veut apprendre le coréen pour son futur mari, « Liiiiiisbeeeth », mes baguettes qui me servent à rien, mon dico de grec qui est paaaaaaarfait dans son rôle de tapis de souris, mon portable pareil que celui de E et A-L, pas d’oreiller pendant une semaine [ça m’apprendra à penser à rien], ne plus avoir faim, les murs qui isolent que dalle, « - C’est quoi cette pâte à modeler ? – Oh, mes devoirs », mon nounours qui se sent seul, Harry Potter et Sartre, mon énorme classeur plein d’histoires dont je ne me souvenais plus, le mystérieux du fond qui est craquant mais qui est en médecine et que je pourrai jamais voir, mon robinet d’eau chaude et celui d’eau brûlante, le dessin de ma sœur sur le placard, mon bourriquet tout doux, la fac qui va commencer demain, et mon Epi, à quoi elle pense en ce moment ?, exploration du foyer, découverte d’un passage secret menant droit vers la cuisine, paris match, le latin qui attend, plus de bus, monter la rue sans mes sœurs et ma Sixt’, la sixième de la petite dernière, trouver des cours de rock, ma chambre elle sent comme l’HP, les amphis immenses, déjeuner chez Kri et Milie, rencontrer des écrivains peut-être, la voisine sympa qui écoute du piano, le mec qui explique et qui est bien mignon, les autres qui le sont encore plus, les repas du soir qui n’en finissent pas de rire, le soleil enfin, il fait super froid le matin, mon grand bureau noir, les demi-planches pour écrire dans les amphis, et mes sœurs, elles jouent à quoi ?, plus jamais de musique à l’école, presque plus d’art, mon nounours qui me tient chaud, A-L remonteuse de moral, « - Pourquoi vous êtes combien en lettres classiques cette année ? – J’sais, pas, une quinzaine peut-être… - Bah tu sais, l’an dernier, ils étaient deux… », les Dresden Dolls le soir, P. D. James, mes grosses clés qui font cllllock, le foyer c’est Poudlard, la librairie ruineuse d’argent de poche, « Vous avez gonflé les effectifs ! » [nous sommes cinq], « Rassurez vous, même en master on comprend toujours pas comment ça fonctionne », épuisement à cause de la foule, j’avance pas, fatigue, fatigue, badminton pieds nus à 9h le soir, « on va faire du poney ! », l’appartement de J, les moustiques, le concert privé, les discussions très tard le soir, chez nous on partage tout et même les maladies…
Et encore, c'est que le début.